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Les mutuelles au coeur de l'ESS ?

Source : AlpeSolidaires

La concurrence du secteur privé et les directives européennes sur leur secteur d’activité, soumettent les mutuelles à un ensemble de pressions et d’enjeux qui questionnent la mise en pratique de leurs valeurs. Il n’en reste pas moins qu’elles continuent à proposer des services dans une logique de solidarité et réaffirment leur appartenance à l’économie sociale et solidaire.

Les mutations en cours

La concurrence des assurances privées depuis une vingtaine d’années et plus récemment la réforme du Code de la mutualité en 2000 ont obligé les mutuelles à se restructurer dans un contexte difficile.

Le nouveau Code de la mutualité et les directives européennes tendent à aligner le statut des mutuelles sur celui des assureurs privés et imposent de ménager des marges de solvabilité plus importantes. Ce qui conduit à un fort processus de rapprochement, d’acquisition et de fusions. Et cela sous toutes sortes de formes : de la mise en réseau au rachat des petites mutuelles par les plus importantes, en passant par le partenariat ou la mutualisation de certaines ressources ou services. De 750 actuellement, le nombre des mutuelles devrait considérablement baisser dans les prochaines années.

Parallèlement, la montée de l’individualisme a nécessité d’adapter le service à l’adhérent, se réclamant désormais du consumérisme : si le rapport qualité- prix reste un critère décisif de choix, de plus en plus, l’adhérent exige de sa mutuelle un traitement individualisé. A cela s’ajoute les mutations globales d’ordre technologique (gestion des flux d’information, informatique) qui viennent changer les pratiques professionnelles.

Autant de facteurs qui ont conduit un certain nombre de mutuelles à aller sur le terrain des pratiques des assurances privées, en proposant notamment des cotisations différenciées selon l’âge et le risque.

Les mutuelles dans la dérive assurantielle ?

Cette évolution pourrait amener à s’interroger sur le devenir du principe de solidarité entre les générations, propre à l’ESS, si la cotisation d’un plus de 60 ans est 2 à 3 fois supérieure à celle d’un moins de 25 ans en matière de santé et 2 ou 3 fois inférieure en matière d’assurance automobile. “ Beaucoup de mutuelles ne vont pas au bout de la logique de faire payer le risque en fonction de l’âge. D’autres critères viennent moduler le montant des cotisations ” tempère Francis Contis, directeur général de la Mutualité française du Rhône.

En effet, la plupart des mutuelles s’attachent à limiter les écarts entre les cotisations. Pour maintenir aussi bien une solidarité entre les âges qu’avec les plus démunis. De même, de nombreuses mutuelles ne font pas payer la même cotisation à 65 ans selon que la personne a adhéré il y a 30 ans ou il y a 6 mois, pour tenir compte de l’effort de solidarité préalable. Enfin, certaines modulent les montants des cotisations en tenant compte des revenus moyens associés à une tranche d’âge, expliquant ainsi des cotisations moins élevées pour les plus jeunes. Pour Pascal Dorival, administrateur de la Macif Île-de-France, “ La vraie question, c’est que nous sommes toujours obligés de trancher entre des niveaux de mutualisation et les conséquences qu’ils impliquent. ” Si les moins de 25 ans ont 4 fois plus d’accidents que les autres, faut-il augmenter les cotisations de tous dans un souci de solidarité entre les âges et de mutualisation apparemment maximales ? Ce serait alors courir le risque de voir les plus démunis ne plus pouvoir se protéger correctement étant donné le niveau de cotisation. “ Nous procédons donc en permanence à des arbitrages : les moins de 25 ans ne paient donc pas une prime 4 fois supérieure, mais seulement 1,5 fois. ”

Réaffirmer sa culture d’économie sociale et faire valoir sa différence

L’enjeu pour les mutuelles est donc de conserver leurs spécificités dans un contexte qui pousse à les détruire. Pour cela, le monde mutualiste a besoin de se revitaliser, y compris du point de vue de son fonctionnement interne, notamment en faisant redécouvrir au public la validité des principes mutualistes. Une pédagogie nécessaire pour attirer de nouveaux adhérents et faire vivre ses principes de solidarité. Il se crée en effet actuellement très peu de mutuelles et la tendance est à la concentration. Mais certaines initiatives, notamment dans la culture ont abouti à la création de mutuelles spécialisées (dans la culture notamment).

Relativement discret sur le champ de l’économie sociale et solidaire et pourtant acteur d’envergure, le mouvement mutualiste doit réinvestir ses valeurs fondamentales. Cela passe également par la multiplication des passerelles avec les autres « familles » de l’ESS. Dans le secteur de la santé, de l’aide à domicile, de la prévention, du handicap, des services à la personne, de l’éducation et de la culture, les projets communs et les potentialités sont très nombreux et les partenariats avec les associations porteurs de synergies innovantes. De plus en plus de mutuelles manifestent leur ancrage fort dans l’économie sociale et pas seulement dans leur communication. L’ESS dans son ensemble a tout à y gagner.

 

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