Télévision participative : la télé pour vous, par vous, près de chez vous
Source :Rhône-Alpes Solidaires
Les français passent en moyenne plus de trois heures devant un poste de télévision. Avec des foyers équipés à 94%, regarder la télévision est une pratique qui permet de s’informer, de se distraire, de se détendre… Depuis quelques années, une démarche associative investit ce champ et propose une alternative, plus citoyenne, grâce à l’appropriation de cet outil par ses propres spectateurs. La télévision devenue associative s’ancre sur un territoire de proximité, et diffuse les programmes réalisés par tous les moyens techniques mis à sa disposition, sans chercher à tout prix à remplir un canal. Rencontre avec Thierry Michel, coordinateur de la Fédération Nationale des Vidéos des Pays et des Quartiers (FNVPQ).
De la télé brouette à la télé en ligne
La télévision associative est une télévision de proximité traitant des sujets adaptés aux besoins locaux et qui n’a pas de vocation commerciale. Elle permet aux habitants d’un quartier ou d’une zone rurale de concevoir eux mêmes la télévision qu’ils souhaitent regarder. Les sujets traités sont très variés, et très attachés aux problématiques locales : social, éducation, urbanisme et habitat, agriculture et élevage. Pour Télé Millevache dans la Creuse, l'aventure a commencé avec la « télé-brouette », mode de diffusion très local, où les habitants se retrouvent autour d’un écran amené, pour des raisons pratiques, dans une brouette. L’intérêt d’une diffusion locale est de pouvoir débattre spontanément du sujet en présence des habitants concernés, des questions qu’il pose… Aujourd'hui, les télés participatives diffusent leurs programmes sur Internet.
Un spectateur qui devient « spect’acteur »
Les derniers Etats Généraux pour le Pluralisme en mai 2008, auxquels participait la FNVPQ, ont affirmé que « l’information est l’affaire de tous. Le droit d’informer et d’être informé appartient à tous ». « Qui le souhaite peut devenir un acteur de l’information locale », rappelle Thierry Michel. Les associations adhérentes à la FNVPQ apportent pour cela les moyens techniques et humains. Les sujets sont préparés longuement, sur la façon de les aborder, sur comment faire passer un message.
Le second degré de participation est de contribuer à l'élaboration du programme. Pour le coordinateur de la FNVPQ, « il faut donner les moyens d’utiliser cet outil, le rendre accessible à tous ». La formation joue un rôle essentiel en ce sens, le maniement du matériel, le traitement de l’image, de l’information... sont des compétences à acquérir. Salariés et bénévoles des associations sont toujours présents pour accompagner les habitants dans la réalisation des sujets qu’ils les intéressent. La télévision, avec cette pratique de la participation, devient un outil d’éducation à l’image. Thierry Michel soutient qu’à partir de ce travail, le spectateur ne regarde plus la télé de la même manière. Son regard est plus lucide, plus pertinent, plus critique car il est devenu acteur.
Un média qui devient médiateur
Favoriser le lien social est l’objectif premier de la télévision participative. C’est important notamment dans des territoires ruraux où les habitants vivent éloignés les uns des autres, sur le Plateau de Millevaches en Creuse (Télé Millevaches) ou en Ardèche (TV Ardèche) par exemple. Pour O2Zone, basé dans les Bouches du Rhône, la télévision participative, comme outil de proximité, permet « d’améliorer ou renouer le dialogue avec autrui ».
Pour devenir médiatrice, la télévision participative demande un réel travail d’animation de quartier. Selon Thierry Michel, elle va au delà de l’activité télévisuelle, « elle donne la parole aux gens, et tout le temps de la parole ». Les habitants vont donc utiliser cet outil pour favoriser le dialogue, le débat public sur des sujets qui les concernent. Une pluralité d’acteurs de la vie locale sont invités au débat. Le débat public est organisé et pris en main par les habitants eux mêmes. La démarche amène les habitants à plus de responsabilité, plus de citoyenneté, grâce à cet outil rendu accessible à tous.
Enjeux d’aujourd’hui
Ils résident principalement dans la transmission des programmes des télévisions associatives. Avec le remplacement de la télévision analogique par la TNT, ce mode de diffusion large n’est pas adapté à la télévision associative. Cette nouvelle technologie de transmission audiovisuelle est plus favorable aux chaînes commerciales. Elle est aussi très coûteuse, « Il est difficile économiquement de créer une diffusion permanente », note Thierry Michel. Elle risque d’exclure de nombreux porteurs de projets. Selon lui, « la solution pour les télévisions associatives est de trouver des partenaires locaux solides qui ont la volonté d’instiller du participatif dans une chaîne télévisée ». Les porteurs de projets doivent créer ce lien avec les collectivités territoriales, les sensibiliser aux principes de la démarche. « La télévision est un outil de développement local structurant pour le territoire. Nous ne pouvons pas accepter que ce support (la TNT locale), soit uniquement fait pour de la télévision commerciale », poursuit le coordinateur de la FNVPQ. C’est un média qui favorise le débat public, qui conduit aussi à plus de citoyenneté, plus de responsabilité et plus de démocratie de part sa démarche participative et pluraliste.
La fédération, depuis sa création officielle en 1989, est en premier lieu un réseau d’échanges de pratiques. Elle compte vingt-deux adhérents dont les télévisions locales associatives ainsi que des producteurs audiovisuels associatifs. Outre un rôle de représentation nationale, la fédération accompagne les porteurs de projets de télévision associative ; organise des séminaires de travail et sensibilise à la démarche participative, développe une « culture commune du participatif au sein de la fédération » affirme Thierry Michel. Elle propose des formations axées sur la technique audiovisuelle mais aussi sur l’aspect animation, caractéristique essentielle des projets de télévision associative. La FNVDPQ a aujourd’hui pour projet de créer un diplôme avec cette double compétence de technicien création audiovisuel et d’animateur social.
Association adhérente du Comité pour les relations Nationales et Internationales des Associations de Jeunesse et d’Education Populaire.
Pour tous ceux qui seraient intéressés par la démarche, un guide sortira à l’automne. « Le Guide de la télévision participative en milieu rural », il intéressera aussi les urbains, est édité par la VDPQ.
Retrouvez sur le site de la fédération, plus d'informations ainsi que les liens vers les vingt-deux télévisions associatives présentes sur le territoire.
Contact :
Fédération Nationale des Vidéos des Pays et des Quartiers
Maison des associations,
place Romée de Villeneuve
13090 Aix-en-Provence
Tél : 06 33 02 44 27 / 04 42 17 97 71
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