Les Échelles est une structure d’accompagnement et formation à destination des acteurs de l’ESS, d’entreprises de l’économie réelle, d’institutions publiques et fédérations. Elle soutient ces acteurs dans des domaines variés tels que la définition de leur projet collectif et stratégique, la structuration organisationnelle (instances, rôles, process, gouvernance, modèle socio-économique, …) mais aussi la dimension institutionnelle (enjeux de places et pouvoir, culture interne, travail et relations d’équipe…).
Entretien avec Marion Saint-Romain, salariée-associée des Échelles.
Comment vous positionnez-vous dans le domaine de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) ?
« Du point de vue statutaire, nous ne relevons pas de l’ESS : nous sommes constitués en SARL car nous ne pouvions prétendre au statut de SCOP. Nous ne souhaitions pas créer de fausse association ou d’entreprise associative, c’est un choix politique. Pour nous, le statut associatif est à protéger aujourd’hui. Ce n’est peut-être pas la loi du 31 Juillet 2014 relative à l’ESS qui a créé le mouvement de création de l’entreprise associative, mais en tout cas cela l’a accéléré, légitimé, tout comme cela a permis le fait que de nombreuses entreprises privées puissent relever du statut ESS, comme les entreprises à mission, et a contribué à la marchandisation du secteur associatif. Pour nous, je dirais que l’ESS aujourd’hui est surtout un label avec peu de contraintes et beaucoup de privilèges qui devraient davantage être réservés à des structures d’intérêt général et pas forcément d’utilité sociale.
Dans une même optique, les structures que nous accompagnons sont principalement des structures de l’ESS ou publiques, mais parfois nous suivons des structures qui n’ont pas le label ESUS1, tel un café qui fait le choix de ne pas être associatif, paie l’impôt sur les sociétés, mais au sein duquel tous les salariés sont associés. Certaines structures n’ont pas ce label, ne sont pas des SCOP, mais sont « ESS » dans leur engagement. Notre approche de l’ESS ne se fait pas en termes de label mais en termes politiques. C’est pour cela que nous adhérons à Alpes Solidaires même si nous ne relevons pas de l’ESS.
Comment Les Échelles participent à l’ESS ?
« Je pense que c’est dans la façon dont on pratique notre métier. Nous pourrions très bien réaliser des prestations pour des grosses boîtes, mais nous choisissons de ne pas le faire, et notre rémunération est en conséquence. En tout cas, ce sont des choix politiques, nous avons envie de soutenir certaines structures plus que d’autres. Nous n’accompagnons pas trop les start-up technophiles ! »
Quelle est la spécificité des Échelles ?
« Je pense que cela réside dans le fait de croiser des savoir-faire très techniques, comme les compétences d’expert-comptable de Thomas Rey avec une appétence pour la recherche, un côté très concret, ancré dans le terrain, et une dimension réflexive relevant plutôt de l’éducation populaire.
Comment votre structure est-elle intégrée dans l’ESS ?
« Nous sommes intégrés dans un réseau d’acteurs. Les structures que nous accompagnons et nos commanditaires font partie de l’ESS. Les maisons de santé participatives dépendent du financement public. La notion de bon usage du denier public est importante à nos yeux : nous prenons garde de ne pas trop facturer ce genre de structure tout en essayant de ne pas nous sous-payer non plus, mais nous sommes dans un éco-système. En plus il est en train de s’effondrer, donc il faut protéger ce qui peut l’être. »
Pourquoi avoir rejoint Alpes Solidaires ?
« J’apprécie leur posture. Je suis en lien avec Alpes Solidaires depuis une dizaine d’années, j’ai connu tous les salariés et plusieurs bénévoles. J’ai cultivé des liens à la fois humains et politiques. Je les connais depuis mon précédent emploi à Cap Berriat. J’ai été bénévole pour eux sur le webinaire Travailler autrement à l’Université de l’ESS.
Ce que j’apprécie chez Alpes Solidaires, c’est qu’ils arrivent à fédérer des acteurs qui ont des statuts et des visions différentes. Ils ne jouent pas le jeu de la concurrence qu’a suscité la loi de 2014 sur l’ESS, et en même temps, ils conservent un discours politisé qui ne cautionne pas la marchandisation. C’est ça qui m’intéresse chez eux, le fait de tenir un discours politique sur l’économie sociale, d’essayer de fédérer les acteurs, car nous avons besoin d’être en réseau, c’est fondamental. »
Quel avenir imaginez-vous pour Les Échelles dans le futur ?
« Je travaille dans un espace de coworking convivial où s’opèrent beaucoup de croisements avec des personnes du milieu universitaire. Il m’importe de continuer à échanger avec d’autres professionnels parce que je trouve cela riche. Je souhaite aussi développer davantage la partie institutionnelle. J’ai l’impression qu’il y a toujours plus d’injonctions faites aux associations de revoir leur modèle économique pour aller chercher des financements privés, pour pallier la baisse des subventions. J’ai l’impression qu’il vaudrait mieux cesser de les accompagner sur ces champs et voir comment nous pourrions collectivement changer cette tendance. Je n’ai pas envie que nos accompagnements viennent servir le désengagement de l’État.
Je vois aussi qu’il y a des manques car nous sommes dans une société axée sur les tâches avec une approche de gestionnaire de projet. Nous devons être de plus en plus efficaces, nous structurer, nous professionnaliser, rentrer dans les clous. Cette société crée un fort sentiment d’impuissance. Or, je crois que ce qui donne du sens aux personnes qui continuent à se battre pour autre chose, c’est ce qu’il y a de vivant, c’est l’humain.
J’ai très envie d’accompagner ce processus vivant là : comment on arrive à continuer à travailler ensemble, même si le collectif c’est pas toujours simple, et comment on arrive à garder cette énergie là pour collectivement la mettre au bon endroit. »
> Pour en savoir plus sur Les Échelles
Vous pouvez consulter leur site et notre article, et contacter Marion Saint-Romain ou Thomas Rey au 06-50-98-51-59 ou à l’adresse mail contact@les-echelles.org.
Frédérique Hellé pour Alpes Solidaires
1 Le label ESUS (Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale) est un label que toute entreprise avec un statut commercial cochant certaines cases, peut demander, pour prétendre à certains avantages comme se positionner à des appels à projets ouverts à des structures ayant le label ESS. Cela ouvre certains financements qui étaient autrefois réservés aux associations à des entreprises d’utilité sociale.